Le peuple vote « Non » au retour des bases militaires US en Équateur

14 millions de votants étaient appelés aux urnes le dimanche 16 novembre 2025 dans le cadre d’un référendum constitutionnel à l’initiative du président de droite, Daniel Noboa. Ce référendum comprenait quatre questions avec pour objectif de modifier la constitution de 2008, héritage institutionnel de l’ère Correa. Les électeurs ont massivement rejeté les quatre propositions.
À la suite du départ du pouvoir du président de gauche Rafael Correa (2007-2017), son mouvement de transformation sociale de la Révolution citoyenne n’a cessé de se diviser et de s’étioler. Même s’il conserve le pouvoir en 2017 avec l’élection de son successeur désigné, Lenín Moreno, très vite ce dernier entame un virage droitier. Il réprima les mouvements sociaux, lança un mandat d’arrêt contre Rafael Correa (depuis lors réfugié en Belgique) et livra Julian Assange, alors protégé dans l’enceinte de l’ambassade d’Équateur à Londres, à la police britannique et au risque d’une extradition aux États-Unis.
Un revers pour le gouvernement de droite équatorien
La gauche équatorienne ne s’est toujours pas relevée de la trahison brutale de Lenín Moreno. Lorsqu’il quitte le pouvoir en 2021, c’est pour laisser en champ de ruines politique permettant le retour de la droite avec Guillermo Lasso d’abord, puis, à partir de 2023, à la suite d’une élection présidentielle anticipée, avec Daniel Noboa. Ce dernier représente l’archétype de l’opposition de droite latino-américaine, nantie et favorable aux intérêts états-uniens. Né à Miami d’un père milliardaire, Daniel Noboa possède d’ailleurs également la nationalité états-unienne.
Fort de son élection en 2023, d’un référendum gagné en 2024 et de sa réélection à la présidentielle du 13 avril 2025, Noboa s’est senti pousser des ailes afin d’avancer encore davantage son agenda conservateur et atlantiste. Mais cette fois-ci, le peuple équatorien a dit clairement non à son opération politique.
La possibilité d’installer des bases militaires étrangères dans le pays a été rejetée à 60,65 %. La fin du financement public des partis politiques a été rejetée à 58,10 %, ainsi que la diminution du nombre de députés avec 53,49 %. Enfin, la proposition plus large de convocation d’une Assemblée constituante en vue d’en finir avec la constitution issue de la présidence de Correa a été balayée par 61,65 % des électeurs.
Les États-Unis ne pourront pas utiliser l’Équateur comme base arrière à leur opération militaire
Daniel Noboa a motivé la plupart de ces évolutions par l’impératif d’obtenir des coudées plus franches dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic, l’insécurité et les homicides, qui atteignent des sommets. Le renforcement des pouvoirs de l’exécutif, tout comme le retour des bases états-uniennes étaient censés s’inscrire dans le cadre de cette lutte contre le narcotrafic, argument devenu le bréviaire indispensable des relais de l’influence états-unienne dans la région ces dernières années.
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Si la problématique sécuritaire en Équateur est bien réelle, avec un taux d’homicide de 25,5 pour 100 000 habitants en 2022 et même attendu à 52 pour 100 000 habitants en 2025, soit le taux le plus élevé de toute l’Amérique latine, ce n’est pas le retour des bases militaires des États-Unis qui va permettre de rétablir la paix. Bien au contraire. L’impérialisme états-unien en Amérique latine est intrinsèquement lié au développement des trafics de drogue. En détruisant les États souverains, les structures publiques, les programmes sociaux, en bouchant tout avenir à la jeunesse de la région, l’impérialisme agit comme un moteur du trafic de drogue.
Ces mêmes trafics dont il se sert ensuite pour justifier ses opérations militaires dans la région et ainsi consolider sa présence et la défense de ses intérêts. De la Colombie au Honduras, nombreux sont les pays à avoir fait les frais ces dernières décennies de cet impérialisme grimé en lutte contre la drogue.
Ce sont d’ailleurs les mêmes arguments qui sont à nouveau repris depuis cet été par l’administration Trump pour justifier le déploiement militaire massif dans la mer des Caraïbes. Cette opération a déjà fait plus de 80 victimes via les exécutions extra-judiciaires sur les petites embarcations, et dont tout le monde sait que l’objectif est un renversement du gouvernement bolivarien au Venezuela. Dans ce contexte, l’Équateur aurait été un précieux point d’appui pour l’armée des États-Unis dans sa stratégie d’encerclement du Venezuela.
Ce ne sera pas le cas. Le peuple équatorien s’est peut-être souvenu, lors du vote, qu’il n’y a pas forcément à choisir entre sécurité et indépendance nationale. Sous la présidence Correa, les bases militaires étrangères étaient interdites, les droits politiques, économiques et sociaux étaient développés...et le taux d’homicide plafonnait à 6 pour 100 000 habitants.
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