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Le blog de pcfmanteslajolie

Non au marchandage entre puissances, oui à la paix en Ukraine

29 Août 2025, 07:31am

Publié par pcfmanteslajolie

La séquence ouverte avec la rencontre Trump-Poutine en Alaska le 15 août, qui s’est poursuivie avec le sommet de Washington le 18 août, doit être lue à la lumière de l’état des rapports de force entre les différentes puissances en jeu, de leurs intérêts et de leurs objectifs.

Il faut également prendre en compte que les informations sur le contenu concret des discussions ont peu filtré, tant sur la question territoriale que sur les « garanties de sécurité ». Comment fonctionnerait un « article 5 hors OTAN » ? Quels sont les « compromis » annoncés mais non détaillés encore ? Quelles « garanties de sécurité » alors que Lavrov a demandé que la Russie devait en faire partie ?

Cette séquence invite à relire les écrits des bolcheviks contre la diplomatie secrète et pour la publication des traités secrets du tsarisme, comme condition d’une politique étrangère démocratique.

1. Concernant les États-Unis : Si les rodomontades de Trump sur les ambitions de mettre fin à la guerre « en 24 heures » ont fait long feu, il n’en demeure pas moins que la direction étatsunienne a pu faire avancer ses objectifs à moyen terme, c’est-à-dire en premier lieu le transfert du fardeau de la guerre à l’Europe tout en renforçant les intérêts des industriels de l’armement. Elle profite de la capitulation de la Commission européenne et des gouvernements européens qui agissent comme valets du capitalisme américain en annonçant le financement d’une aide de 100 milliards d’euros à l’Ukraine par l’achat d’armes américaines par l’Europe, avec l’application d’une marge de 10 % pour les Américains ! Par ailleurs, après des mois d’enlisement, l’administration Trump a rouvert pour elle-même la possibilité de se désengager d’une intervention directe en Ukraine afin de se tourner vers son objectif principal, à savoir la confrontation avec la Chine. D’ailleurs, ses ouvertures vers la Russie ne sont pas totalement étrangères à cet objectif final.

2. Concernant la Russie : Le pouvoir russe reste plutôt maître du temps et n’a pas cédé aux ultimatums de Trump. Cependant, même s’il a plutôt écouté les militaires qui lui promettent une victoire finale, il est confronté à une contradiction importante : d’une part, il maintient une pression militaire constante sur l’armée ukrainienne, en dépit du fait que la percée de Dobropolié n’ait pas pu être exploitée jusqu’à présent, et l’économie, prise dans son ensemble, tient le choc, démentant tous les discours sur un éventuel « effondrement » ; d’autre part, ses marges de manœuvres ne sont pas extensibles et tendent à se réduire (diminution de la croissance et maintien de l’inflation à un niveau élevé, d’après les prévisions de la banque centrale russe pour 2025). La population russe est majoritairement favorable à l’ouverture de négociations pour un cessez-le-feu, tout en soutenant ce qu’à Moscou on nomme encore « l’opération militaire spéciale ». Enfin, une partie importante du capitalisme russe au pouvoir caresse l’espoir d’un accord global avec le capitalisme américain, comme cela est le cas depuis 20 ans. Les offres russes d’un retour de Boeing en Russie sont pour le moment demeurées sans suite à Washington mais le retour d’ExxonMobil sur le projet Sakhalin-1 a été autorisé par un décret présidentiel du 15 août dernier.

3. Concernant l’Union européenne : Elle aura à nouveau démontré sa soumission à Trump et aux États-Unis, faute d’avoir pris la moindre initiative diplomatique indépendante depuis le début de la guerre. Les coups de menton adressés au Kremlin pour accepter un cessez-le-feu sont assez ridicules alors que les Européens n’ont rien fait dans cette direction depuis février 2022. Le voyage de Washington a été une seconde capitulation, quelques semaines après la reddition commerciale et l’acceptation des droits de douane imposés par Trump. Ce n’est pas seulement un manque de volonté. C’est la conséquence logique de la construction capitaliste et atlantiste de l’UE et des dynamiques des traités européens. L’UE sert ici de carnet de chèques pour l’industrie américaine. La « coalition des volontaires » démontre surtout ses propres contractions internes, avec un rapprochement franco-britannique inquiétant pour l’indépendance de la France, d’une part, et un gouvernement allemand qui joue sa propre partition pour ses propres intérêts d’autre part. Seuls les gouvernements français et britannique semblent déterminés à poursuivre cette idée irresponsable d’envoi de troupes en Ukraine, ce qui serait le carburant d’un conflit futur encore plus grave. Rappelons que 35 000 hommes avaient été nécessaires pour peupler la KFOR au Kosovo, grand comme deux départements français. Qu’en serait-t-il pour l’Ukraine ?

Notons également que cette séquence ne peut pas être analysée indépendamment des évolutions régionales récentes. Il faut noter en effet l’accord que l’Azerbaïdjan et la Turquie ont, avec la bénédiction de Washington, imposé à Erevan, avec la constitution du corridor de Zanguezour sous contrôle américain, qui permet la constitution d’un couloir commercial qui évite à la fois la Russie et l’Iran. Cela est un élément dans le grand jeu pour contrer les Nouvelles Routes de la soie chinoises, et sert également à évincer totalement la Russie de la région.

Dans la complexité de cet environnement, il convient que la France assume une politique étrangère indépendante des États-Unis, de l’OTAN et de l’Union européenne. Elle en a les moyens.

Dès juillet 2023, Fabien Roussel avait formulé les contours d’une paix juste en Ukraine, ayant pour fondements la souveraineté du peuple ukrainien (qui n’a pas à être une monnaie d’échange entre puissances), la neutralité de l’Ukraine (hors OTAN) sous garanties de sécurité de l’ONU et de l’OSCE, la sécurité collective de l’ensemble des peuples, européens, ukrainien et russe, la consultation démocratique des peuples concernés. L’article 5 n’est nullement une garantie de sécurité. Bien au contraire, il nourrit l’engrenage de la guerre. Seule la sécurité collective permet une paix durable. Il n’y a pas d’issue militaire à la guerre, mais seulement une solution politique et diplomatique. Un million de victimes plus tard, il est plus que jamais urgent d’agir dans cette direction.

Sur cette base et dans un même mouvement, il est nécessaire de travailler à la réunion d’une conférence pan-européenne, de l’Atlantique à Vladivostok, en dehors de l’OTAN, faisant vivre l’esprit d’Helsinki. Sortir de l’OTAN et la dissoudre, c’est possible et nécessaire ! 

Vincent Boulet

responsable du secteur international du PCF

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