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Le blog de pcfmanteslajolie

L'Humanité. Maroc. Le combat contre la guerre coloniale du Rif

21 Septembre 2021, 06:23am

Publié par pcfmanteslajolie

Par Alain Ruscio

Déclenché par Abd El Krim en 1921 pour contester la domination espagnole, le conflit se poursuit en 1925 contre le colon français.

La solidarité internationale se développe en France, à laquelle l’Humanité prend part.

La guerre dite du Rif (nord du Maroc) a été qualifiée par le grand historien Charles-André Julien de « plus difficile guerre coloniale qu’ait faite la France » avant la décolonisation . 

Le chef charismatique de la résistance, Abd El Krim, a souvent été qualifié de « Che Guevara marocain »…

Le Maroc était alors sous la double domination de ­l’Espagne (Nord et Sud) et de la France (partie centrale, la plus vaste et la plus fertile du pays).

Dans la région du Rif, Abd El Krim entama dès 1921 la lutte contre la présence espagnole.

L’armée espagnole, allant de déroute en déroute, fut suppléée à partir d’avril 1925 par l’armée française.

Pour le jeune Parti communiste français, ce fut là l’épreuve du feu.

Le temps était venu de voir s’il passerait des grandes résolutions aux actes concrets.

En mai 1925, fut mis sur pied un comité d’action contre la guerre du Rif, dirigé par un jeune militant encore inconnu, Maurice Thorez. 

L’Humanité tint son rôle dans la campagne, consacrant chaque jour un article dénonçant les violences coloniales, mettant en avant le mot d’ordre clair d’indépendance du Rif.

L’appel des surréalistes à la défaite de l’impérialisme

Au-delà de ces forces, des intellectuels se mobilisèrent.

Pour une jeunesse qui venait de sortir de la boucherie de la Grande Guerre, l’idée d’un nouveau conflit, a fortiori contre un peuple luttant pour son indépendance, était insupportable.

Au premier rang d’entre eux, les surréalistes, dans le sillage d’André Breton et d’Aragon : René Crevel, Robert Desnos, Paul Éluard, Michel Leiris, Philippe Soupault…

Aragon publiera un pamphlet dont il avait le secret : 

« Monde occidental, tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe, prenez garde. Que l’Orient, votre terreur, enfin à notre voix réponde. Nous réveillerons partout les germes de la confusion et du malaise. Nous sommes les agitateurs de l’esprit, toutes les barricades sont bonnes, toutes les entraves à vos bonheurs maudits, tous les incendies. On dirait de la paille. Nous sommes ce ux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi » (conférence, Madrid, 18 avril 1925).

Éluard envoya à l’Humanité un texte vengeur : « La France est un pays canaille qui rit, qui rit toujours, bassement, de toute grandeur, de toute violence, de toute nudité. Que ses ennemis triomphent, qu’ils l’humilient, qu’ils la contraignent à demander les coups qui l’achèveront, je ne puis en attendre que la Liberté ! Toute guerre suppose une défaite, toute défaite une révolution » (23 juillet 1925).

Certains, Breton, Aragon, Éluard, franchirent à ce moment le pas de l’adhésion au PCF.

Aragon a toujours dit que c’était la guerre du Rif qui avait enclenché son engagement communiste.

Il est vrai qu’il fut le seul à rester au sein de ce parti alors terriblement ouvriériste (on sait qu’Éluard le quitta, mais y réadhéra durant la Résistance).

En France, une grève générale férocement réprimée

Mais il y eut bien d’autres engagements.

Le 2 juillet 1925, l’Humanité publia un appel, à l’initiative d’Henri Barbusse (devenu communiste en 1923).

Une centaine d’intellectuels de renom l’avaient signé : outre les surréalistes, Georges Duhamel, Paul Signac, Maurice de Vlaminck…

Mais la guerre continuait.

Les 4 et 5 juillet, eut lieu à Paris un congrès ouvrier et paysan, qui lança l’idée d’une grève générale d’une journée.

Dès lors, la pression monta.

Des congrès ouvriers et paysans s’activèrent à Lille, Lyon, Béziers, Marseille, Bordeaux et Strasbourg.

C’est finalement le lundi 12 octobre que la grève fut déclenchée.

Une édition spéciale de l’Humanité, le 11, se fit le vecteur de l’appel : 

« L’heure de la démonstration prolétarienne a sonné. Opposez à l’impérialisme français la barrière résolue de votre front unique en action. Désertez en masse votre travail, manifestez avec le comité central d’action. À bas la guerre ! Vive la grève générale de 24 heures ! ».

À cet appel résolu répondit une répression féroce, accompagnée de discours haineux et de campagnes de presse d’affolement sur le thème de la « grève insurrectionnelle », la préparation du « grand soir »…

Partout, il y eut des échauffourées.

Un ouvrier, André Sabatier, fut tué par balle.

La police procéda à plusieurs centaines d’arrestations, beaucoup pour fait de grève, d’autres pour participation à des mouvements ayant entraîné des heurts avec la police, d’autres enfin pour des motifs pouvant aller jusqu’à… fredonner des chansons subversives.

Le jeune Maurice Thorez écopa de quatorze mois.

Dans ces conditions, il fallait un caractère trempé et une conviction à toute épreuve pour participer à un tel mouvement.

Il reste que, si le million de grévistes annoncé par les organisateurs a depuis été contesté par les études historiques, plusieurs centaines de milliers de travailleurs ont débrayé ce jour-là.

La signification symbolique de ce mouvement fut forte.

Dans un climat particulièrement défavorable, des organisations ont visé très haut : faire la démonstration que l’internationalisme pouvait passer – ou plutôt commencer à passer – dans les actes.

Les militants ouvriers et les intellectuels anticolonialistes de 1925 ont en tout cas marqué de leur empreinte l’histoire sociale et politique française.

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