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Le blog de pcfmanteslajolie

L'Humanié. Syrie. Va-t-en-guerre, Erdogan veut détruire tout espoir de paix

22 Janvier 2018, 08:46am

Publié par pcfmanteslajolie

Après des frappes aériennes samedi, l’infanterie turque est entrée hier dans la province d’Afrine, dans le nord de la Syrie.

Le deuxième jour d’une offensive contre les Kurdes qui fait craindre une déflagration dans toute la région.

 

Dix-huit mois après une première incursion de l’armée turque en territoire syrien, les peuples du Rojava (nord de la Syrie) se trouvent de nouveau sous le fer et le feu des soldats de Recep Tayyip Erdogan.

Dans la nuit de samedi à dimanche, sur ordre d’Ankara et sans en avoir prévenu le régime de Damas (Assad accuse même Ankara de soutenir le terrorisme), des divisions blindées ont pilonné les positions des Unités de protection du peuple kurde (YPG/YPJ) d’Afrine, faisant au moins dix morts et des dizaines de blessés parmi les civils.

Samedi dans la journée, 150 frappes aériennes avaient déjà touché des zones tenues par les YPG, véritable colonne vertébrale des Forces démocratiques syriennes (FDS) et principales alliées de Washington sur le terrain contre Daech.

Le tout sans la moindre réaction indignée de la communauté internationale.

 

Quiconque manifestera contre cette offensive « payera le prix »

 

Si cette offensive cyniquement nommée « Rameau d’olivier » n’étonne personne – depuis plusieurs mois, le président turc annonçait qu’une attaque pouvait intervenir d’une minute à l’autre –, deux communiqués en provenance de la Maison-Blanche et du Kremlin semblent avoir précipité les événements.

Le premier il y a dix jours, à la suite de l’annonce par Washington de la création d’une force de 30 000 gardes-frontières composée pour moitié de membres des FDS.

Force que le président turc a promis de « tuer dans l’œuf ».

Le second, ce samedi – démenti à demi-mot par le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov –, confirmant le retrait en cours des soldats russes de la région.

Ce que d’aucuns considèrent comme un feu vert donné au régime turc pour attaquer.

« La présence des Russes près d’Afrine était le résultat d’un accord international qui assurait la sécurité d’une région qui jusqu’à présent était calme, déplore ainsi Khaled Issa, représentant du Rojava en France.

Depuis le début de la guerre, plus de 500 000 réfugiés sont arrivés chez nous et ont été pris en charge, doublant le nombre d’habitants de la région.

Tout cela a été fait en paix.

Alors pourquoi cette offensive ?

Cette attaque intervient tandis que le régime d’Assad aidé par Moscou avance sur Idleb.

Ankara a monnayé territoire contre territoire, demandant aux Russes de se retirer d’Afrine.

Mais il s’agit d’un prétexte car depuis toujours la Turquie nationaliste ou islamiste a eu des prétentions sur cette partie de la Syrie.

Aujourd’hui il faut aussi rajouter à ces prétentions une dimension idéologique. »

Depuis six ans en effet, le Rojava est l’objet d’une expérience politique rare pour la région ; un système ni confessionnel, ni nationaliste basé sur une démocratie laïque paritaire où les minorités seraient représentées.

Un modèle qui, coincé entre le régime nationaliste baasiste de Bachar Al Assad et celui militaro-islamiste de Recep Erdogan, n’est certes pas le bienvenu.

D’autant que la région, grenier à blé du pays, possède d’intéressantes réserves de pétrole.

 

L’offensive de l’armée turque pourrait aussi ne pas rester sans réponse dans une Turquie où la guerre gronde depuis deux ans dans les zones kurdes mais aussi dans le reste du pays, où la répression fait rage à tout niveau de la société depuis le coup d’État de juillet 2016.

« Nos cousins kurdes de Turquie ne laisseront pas faire, Erdogan fait une erreur en nous attaquant », prévient ainsi Khaled Issa.

De son côté le président turc menace quiconque manifestera contre cette offensive de « payer le prix ».

 

Minant les négociations de paix en cours, cette nouvelle guerre risque de fait de mener la région dans un nouveau chaos.

Les alliances contre nature pourraient imploser.

Pour la Russie, l’intérêt d’un tel désengagement, s’il se confirme, est double.

Affaiblir les FDS, principaux ennemis de l’allié syrien, peut permettre à Moscou d’avancer ses pions pour l’après-guerre.

Dans le même temps, nourrir une crise au sein de l’Otan – dont les bases militaires qui s’accumulent aux frontières des anciens pays satellites de l’URSS sont perçues comme autant de menaces – arrange le Kremlin.

En ce sens, que la Turquie, seconde armée de l’Alliance atlantique, combatte les alliés de la première puissance militaire mondiale sur le terrain syrien risque de faire éclater des relations turco-états-uniennes déjà tendues.

Le département d’État américain fait le service : « Nous ne pensons pas qu’une opération militaire aille dans le sens de la stabilité régionale. »

Les conséquences de cette offensive menée par Erdogan sont encore loin d’être toutes connues.

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